La vie et le monde du boulevard
La France et la vie d'autrefois , 1830-1870
par Paul d'Ariste . Editions Jules Tallandier , 1930


la vie et le monde du boulevard



La vie parisienne
Sous le Second Empire, le boulevard, c'est le lieu de rencontre du demi-monde, non pas les déclassés de la société, mais le monde de la galanterie, celui des actrices qui ont besoin de publicité, des " cocottes " en vogue et des banquiers qui jouent à la Bourse, des journalistes de la presse mondaine qui vivent de " potins " et de chroniques et des célibataires ou des hommes qui sortent sans leurs femmes. Les journalistes font la publicité des " petites femmes " et la réputation des hommes du monde. Ils créent les " vedettes " dont ils exposent les démêlés amoureux et financiers qui évoluent au gré des moyens et des caprices de ces messieurs ou de ces dames et dont chacun, de la femme du monde au concierge, est friand à Paris. Une part de rêve est ainsi offerte à tout ce monde qui se côtoie à partir de six heures du soir sur les trottoirs de la rue Le Peletier ou de la Chaussée-d'Antin. Les danseuses sont attendues à la sortie de l'Opéra par les hommes les plus fortunés, mais provinciaux et bourgeois apprécient la " féerie " (pièce à femmes), le drame historique à mise en scène et costumes coûteux, et surtout l'opérette, dont Offenbach est alors le roi incontesté. En 1867, la Belle Hélène approche les trois cents représentations et la Vie parisienne et la Grande-Duchesse de Gérolstein frisent les deux cents. Or le théâtre rapporte beaucoup : en 1869, Patrie de Victorien Sardou assure 100 000 francs de bénéfice, 80 000 francs à l'auteur et 70 000 francs à chacun des trois acteurs. Jamais le théâtre parisien ne s'est aussi bien porté.